Carnet de Provence

Ce qui pousse, ce qui dure, ce qui se répare

Un sol paillé perd moins d’eau qu’un sol arrosé deux fois

Avatar de Amandine Roquefeuil

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Un sol nu perd son eau par évaporation en quelques heures de soleil direct, surtout quand le mistral s’en mêle. Recouvrir la terre d’une couche de paillage freine cette évaporation bien plus efficacement qu’un arrosage supplémentaire, qui ne fait que remplacer l’eau perdue sans en réduire la fuite.

Comment le paillage agit réellement

Le principe tient en une phrase : une couche de matière posée sur la terre casse le contact direct entre le sol humide et l’air sec, ce qui ralentit l’évaporation de surface. Elle limite aussi le tassement de la terre sous la pluie ou l’arrosage, ce qui maintient une meilleure infiltration au lieu du ruissellement. Sur un sol nu en été, l’évaporation peut représenter la majorité de l’eau apportée ; sous dix centimètres de paillage bien posé, cette perte diminue nettement, même si l’ampleur exacte dépend du matériau, de l’exposition et du vent.

L’épaisseur compte plus que la nature du matériau

Une couche trop fine — moins de cinq centimètres — laisse le soleil atteindre la terre et perd une grande partie de son efficacité. À l’inverse, une couche trop épaisse peut retenir l’humidité en excès contre le collet des plantes et favoriser les maladies fongiques. Entre les deux, une épaisseur de sept à dix centimètres convient à la majorité des massifs et des potagers en climat sec.

  • Paillages organiques : broyat de branches, paille, feuilles mortes, tontes séchées — ils se décomposent et nourrissent le sol en même temps qu’ils le protègent ;
  • Paillages minéraux : graviers, pouzzolane, galets — plus durables, ils conviennent mieux aux plantes méditerranéennes qui n’apprécient pas un sol trop humide toute l’année ;
  • Paillages textiles : toiles tissées perméables à l’eau, utiles en attente d’un paillage définitif mais moins vivants pour le sol.

Le bon moment pour étaler la couche

Pailler un sol sec en plein été revient à emprisonner la sécheresse sous une couverture : la matière protège alors un sol qui manque déjà d’eau, sans rien apporter de plus. Le meilleur moment se situe juste après un arrosage copieux ou une pluie, au printemps quand le sol s’est réchauffé, ou à l’automne pour protéger la terre avant l’hiver et limiter la pousse des herbes indésirables pendant les mois plus doux. Renouveler la couche là où elle s’est tassée ou décomposée, plutôt que de tout retirer et remettre, suffit la plupart du temps à maintenir son efficacité d’une saison à l’autre.

Ce qu’on ne paille pas

Certaines situations tournent le paillage en désavantage. Un sol encore froid au printemps se réchauffe plus lentement sous une couche épaisse, ce qui retarde la reprise de végétation de certaines plantes frileuses. Un paillage organique posé contre les tiges ou les troncs favorise la pourriture au collet : mieux vaut toujours laisser un espace de quelques centimètres libre autour de la base de la plante. Enfin, un paillage posé sur un sol sec en profondeur ne remplace jamais un arrosage initial suffisant : il conserve l’humidité déjà présente, il n’en crée pas.

Le lien entre couverture du sol et limitation de l’évapotranspiration — l’eau perdue à la fois par le sol et par les plantes elles-mêmes — fait l’objet de travaux de recherche agronomique détaillés, notamment ceux de l’INRAE sur la gestion de l’eau en sols méditerranéens.

Un paillage renouvelé une à deux fois par an, plutôt qu’un arrosage quotidien en été, représente aussi un changement d’habitude pour beaucoup de jardiniers habitués au tuyau. Le vent joue ici un rôle qu’on sous-estime souvent : un paillage minéral résiste mieux aux rafales de mistral qu’une paille légère, qui s’envole en quelques jours si elle n’est pas un minimum tassée ou arrosée juste après la pose. La différence se voit surtout à la reprise d’un jeune plant : un sol paillé dès la plantation demande moitié moins d’eau la première saison qu’un sol laissé nu. Pour les objets et outils de jardin eux-mêmes, la logique du geste réparable avant le remplacement s’applique tout autant qu’au reste de la maison.


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